mode

Cher enfant terrible de la mode

Jusqu’à hier soir je ne savais pas sur quel sujet j’allais écrire. Je vous avais promis la deuxième partie de mon analyse de la Fashion Week Homme, que j’aurais pu entrelacer à la semaine de la haute couture. Je voulais également écrire sur la mini-catastrophe qu’était le défilé Jacquemus… Et puis en faisant ma review instagram du défilé d’adieu de Jean-Paul Gaultier, j’ai compris. J’ai compris que je devais lui écrire une lettre ouverte. Parler de mon ressenti. De mon amour pour ce monstre de fil et d’aiguille. Et du fait que, plus jamais, je ne pourrai assister à un défilé de ce génie de la mode franchouillarde. Alors, cet écrit vous est destiné Jean-Paul.

En fait, je lui ai déjà rédigé une lettre, le 15 décembre 2017. J’étais rentré depuis deux mois à l’école de journalisme. Encore un peu gauche avec les mots mais avec une volonté insatiable de m’élever vers les cieux de la mode, j’écrivais à celui qui en fin de compte m’avait fait aimer cet art. Tout le monde connaît Jean Paul Gaultier. Comme un grand oncle fantasque que l’on voit à la télé pour Miss France ou chez Michel Drucker, on se sent proche de lui. On se dit que peut-être un jour nous aussi on défilera en marinière revisitée, en corset et seins coniques. On se dit que peut-être il pourrait nous prendre par la main.

Jean-Paul Gaultier m’a tellement inspiré. C’est peut-être idiot et peu original de l’écrire, mais il m’a aidé. Ce qu’il a fait pour la mode française est puissant. C’est beau. C’est du jamais vu. C’est du Gaultier. Je pense à cette publicité de 1995, sur laquelle j’avais réalisé un article, pour son parfum iconique Le Mâle. Un érotisme homosexuel en transpire, en dégouline. On est plongé dans un club gay des nineties, époque où s’embrassent liberté, insouciance et peur du Sida. Un matelot au corps d’Apollon s’immisce dans cette taverne aux mille néons où on semble entendre du Larusso ou du Jimmy Somerville à pleine balle. La caméra zoome sur le cul bombé du petit mousse tandis qu’il se fait mater par tous les autres mecs. Jean-Paul Gaultier m’a mis en accord avec moi-même. Je comprenais, de mon regard d’enfant, que les homosexuels étaient des originaux. Que j’allais être un original. Et ça m’allait complètement. Si je devais être un Jean-Paul Gaultier, c’était ok. Aimer Madonna, Mylène Farmer ou Loana ce n’était plus honteux. Aimer la mode, ce n’était plus honteux. Alors hier soir en voyant ce Poséidon en marinière (ou plutôt en combinaison de pompiste) faire ses adieux, entouré des toutes ses déesses extravagantes venues défiler pour lui une dernière fois, je faisais moi aussi mes adieux à ce grand oncle.

Jean-Paul Gaultier, vous avez révolutionné la mode française. Vous avez bousculé les codes. Chahuté les acquis. Vous l’avez rendue populaire. Accessible. Et même drôle. Si vous avez dit au revoir à la mode, la mode ne vous dit certainement pas au revoir. Vos kilts et vos soutien-gorge futuristes continueront à déranger la bourgeoisie et les codes établis, et pour longtemps. Et moi, je garde l’intense espoir que nos chemins se croisent un jour.

S’il vous plaît, ne quittez pas mes souvenirs.

Matt

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