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Chromatica : le come-back de la bonne vieille Gaga

Cette nuit, Lady Gaga a livré au monde son sixième album baptisé « Chromatica ». Si ces dernières années, la Rah Rah Bitch a exploré de nouveaux domaines avec un album de jazz soporifique, un album de folk dédié à sa vieille tante décédée ou un Oscar brillamment remporté, ici, on est de retour aux bases. De la pure pop qui fait danser. Dieu sait qu’on en a besoin.

En février dernier, Lady Gaga dévoilait le premier single de ce qui s’annonçait être sa nouvelle era. « Stupid Love », bouillabaisse électro-pop aussi efficace qu’énervante, ouvrait la voie au sixième album de la chanteuse de 34 ans. Métamorphosée en power-ranger rose latex, la star parcourait une planète colorée inconnue pour répandre la joie et l’amour à coup de chorégraphie millimétrée. Oh oui, on le sentait venir le message ultra-positif de l’artiste qui a, à présent, tout accompli. En plus de dix ans, Gaga a réussi à conquérir le titre ,qui paraît aujourd’hui si difficile à obtenir, d’icône. Des albums légendaires, des hymnes intemporels comme « Bad Romance » ou « Born This Way » et une carrière au cinéma couronnée de succès… Qu’a-t-elle encore à prouver ? Plus rien. Juste à contenter ses Little Monsters si fidèles et se faire plaisir. Alors après des albums et des années bien éloignées des dancefloors, ses fans s’impatientaient et protestaient presque pour que la grande Gaga fasse son retour avec un album dans la veine d' »Artpop » (injustement laissé pour compte) ou « The Fame Monster »… « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire danser et sourire le monde », déclarait la star dans les colonnes de « Paper ». Pari réussi.

Clairement la direction musicale de « Chromatica » se dessinait lorsque la pochette de l’album a été dévoilée – une Lady Gaga mutée en combattante cyberpunk aux cheveux roses- puis lors de la sortie de « Rain on Me » en featuring avec la lolita du moment Ariana Grande. She’s back to basics, et ça fait du bien. Ce jour, un article nauséabond (il faut le dire) est sorti dans un célèbre magazine féminin que je connais bien. La journaliste se pose la question de : pourquoi Lady Gaga a-t-elle besoin de retourner à ses extravagances alors qu’elle est, je cite : « désormais une grande dame respectable et qu’elle n’a plus besoin de se teindre les cheveux en rose pour se faire remarquer ». Plus loin, elle se demande si Gaga n’est pas atteinte du syndrome de « la femme laide » : « une femme consciente de son visage ingrat et qui le fait oublier par un look très excentrique et un maquillage utilisée comme une peinture, ou un masque ». Mysoginie et « Ok, boomerisme » puissance 1000… Je rappellerai simplement que Lady Gaga a eu un impact colossal et unique autant sur le monde de la musique que sur le monde de la mode. Alexander McQueen, Versace ou Balenciaga… Ses excentricités ont permis de raviver une créativité perdue dans la fashionsphère. Et merde, heureusement qu’à 34 ans on a encore le droit de se foutre des perruques rose barbie.

Un album cinématographique et tellement pédé

Bref, dans la nuit de jeudi à vendredi, l’album est sorti. J’ai attendu jusqu’au matin avant de l’écouter dans les parfaites conditions. J’appuie sur play et là, je comprends. Nous sommes transportés sur la planète Chromatica avec un prélude digne d’un film de Luc Besson. On démarre par Alice, un tube en puissance généré pour les clubs queer et nourri par des sonorités à la « Freed from desire ». La chanteuse fait référence au conte de Lewis Caroll « Alice aux pays des merveilles », et confère un superbe début d’album comme la chute de la petite fille dans le trou du lapin. Le reste du voyage va déménager. On enchaîne avec les deux singles déjà connus qui fonctionnent parfaitement dans la logique du disque. Puis arrive « Free Woman », et on se rend compte de l’inégalité de l’album, mais ce titre un peu faiblard est rattrapé par « Fun Tonight ». Un titre intriguant et plutôt linéaire dans lequel on décèle enfin une partie du message bien plus profond qui réside sous les paillettes de « Chromatica ». Elle y confronte ses proches, plus intéressés par sa célébrité et son statut que par son bien-être psychologique. La santé mentale, un des nombreux combats de Lady Gaga, est également traité dans l’explosif « 911 ». On se rend compte alors que l’album est bien plus profond qu’il n’y paraît. Avec sa construction si particulière -il y a 3 interludes, comme pour annoncer 3 chapitres- cet opus s’annonce comme un long-métrage de science-fiction allégorique.

On ne peut s’empêcher de penser également que la Mother Monster a construit cet album survitaminé et tellement queer -notamment avec son duo avec le mythe Elton John ou le groupe coréen de kpop Black Pink – comme une métaphore de la communauté LGBTQ+ : joyeuse et extravagante en apparence pour cacher des blessures intérieures liées à la discrimination.

Elle l’a joué safe

Bien sûr, tout n’est pas tout rose contrairement à la couleur prédominante de l’album. Oui, Lady Gaga a joué la carte de la facilité avec des sons ultra (trop) efficaces. Pas d’énormes claques sonores et peut-être un manque de recherche ou de créativité. Celle qui nous avait habitué sur ses premiers disques à des ovnis musicaux, ici, la chanteuse proposent des tubes qui se ressemblent parfois un peu trop.

Ma note : 7,5/10

En guerrière amazone dopée aux néon lights et aux tubes eurodance (et qui aurait peut-être écouté trop de David Guetta ?), s’offre un retour triomphant. A coup sûr, « Chromatica » trustera les premières places des charts dans les semaines à venir. « Babylon », « Sour Candy », « Replay » et « Rain on me » sont les locomotives de l’album et auraient rapidement joint les playlists des clubs gays du monde entier s’ils étaient ouverts. A l’inverse « Free Woman », « 1000 doves » et « Plastic Doll » figurent comme des chansons qu’on aurait placé là pour combler les vides de « Chromatica ». Encore une fois, les interludes apportent réellement une plus-value au disque, le rendant plus spectaculaire. Si Gaga avait tweeté ironiquement, en fin d’année dernière, qu’elle ne se souvenait pas de « Artpop », elle a pris le meilleur de cet album pour élaborer ce sixième opus. Je suis heureux de retrouver la bonne vieille Gaga qui m’avait tant fait de bien lors de mes jeunes années. Longue vie à la mère des monstres.

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